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Sarkozy obtient la bénédiction de l'Eurogroupe sur les déficits

Sarkozy obtient la bénédiction de l'Eurogroupe sur les déficits
Par Natacha Crnjanski et Yves Clarisse Reuters - BRUXELLES (Reuters) - la politique budgétaire de Nicolas Sarkozy, tant décriée ces dernières semaines, a obtenu lundi la bénédiction du président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.


Le Premier ministre luxembourgeois, doyen du Conseil européen, artisan de la réforme du Pacte de stabilité de l'euro et dirigeant du pays le plus prospère et le mieux géré de l'UE, a réservé un traitement royal au président français.

"Nous sommes contents de voir la France s'engager dans une phase de réformes profondes et de substance. C'est une bonne nouvelle pour l'Europe, la France ne sera plus jamais le pays de l'immobilisme", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Ce résultat n'était pas acquis d'avance lorsque Sarkozy est arrivé à Bruxelles pour, fait quasiment inédit, défendre en personne devant les ministres des Finances de la zone euro sa décision de reporter de 2010 à 2012 l'échéance pour la réduction du déficit budgétaire à zéro et de la dette à 60% du PIB.

En remettant en cause ces objectifs, il a foulé aux pieds des engagements solennellement pris par le gouvernement de Dominique de Villepin pas plus tard qu'en avril dernier.

Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, avait été extrêmement tranchant à son arrivée à la réunion.

"Je pense qu'il est nécessaire de parvenir au seuil de 0% de déficits en 2010. Il nous faut soutenir le Pacte de stabilité et de croissance, il nous faut soutenir la crédibilité du pacte. Je serais très heureux que la France fasse cela", a-t-il dit.

Même l'ami de Sarkozy, le ministre belge des Finances Didier Reynders, s'était permis une critique de sa politique.

PERSONNE NE VEUT DE CRISE

"L'objectif, c'est 2010. On ne peut s'imaginer reporter sans cesse des objectifs budgétaires", a-t-il souligné.

Mais l'offensive Sarkozy, qui ne s'estime pas lié par des engagements pris juste avant l'élection présidentielle - de manière un peu rapide selon lui - a visiblement touché sa cible.

"La France s'engage dans un effort sans précédent", a déclaré le président français lors d'une conférence de presse conjointe avec Juncker. "Il faut un peu de temps pour que les réformes génèrent des économies", a-t-il argué.

Sa botte secrète était prévisible.

Si le choc de croissance qu'il attend de ses mesures - injection de 0,6% de PIB dans l'économie grâce à la déduction fiscale des emprunts immobiliers, la suppression des droits de succession et l'exonération des charges sociales pour les heures supplémentaires - produit ses effets en termes de recettes fiscales, "alors nous pourrons être au rendez-vous de 2010".

"Si nous n'y arrivons pas, alors je demanderai d'être au rendez-vous de 2012", a-t-il dit. "La question n'est pas d'évoquer des résultats à trois ans mais de les tenir."

Cet engagement a suffi à éviter une crise que personne ne veut ouvrir avec un président nouvellement élu alors que l'Union européenne commence à peine à sortir de la paralysie provoquée par le "non" français à la Constitution européenne de 2005.

"Nous avons assisté ce soir à une belle leçon de gestion collective et solidaire de la monnaie unique", a déclaré un Jean-Claude Juncker qui n'a pas eu un mot négatif pour la politique française alors même que la Commission européenne émet des doutes sur le caractère "structurel" des mesures annoncées.

L'ALLEMAGNE BAISSE LE TON

Même l'Allemagne a considérablement baissé le ton.

"Nous assumons que la France peut atteindre l'objectif approuvé en 2010", a expliqué Peer Steinbruck.

En clair: il reste trois ans pour voir comment les choses vont évoluer et l'Allemagne a démontré que l'on pouvait réduire son déficit à marche forcée en deux ans, à 0,6% en 2007.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui s'est montré discret lundi soir, ne devrait pas partager cet enthousiasme, d'autant plus que la France est dans une situation inconfortable avec une dette en hausse au premier semestre et un déficit de 2,5%, ce qui en fait le cancre de la zone euro.

Mais les sceptiques jugeront sur la base du programme de stabilité actualisé que la France présentera en septembre.

Ce refus de l'affrontement s'explique par le fait que les moyens de pression de l'Union européenne sont limités.

Si le pacte de stabilité de l'euro permet de prendre des sanctions sévères contre les Etats membres qui dépassent la limite de 3% du PIB pour le déficit public, ce qui ne devrait pas être le cas pour la France, il n'y a aucune mesure contraignante tant que l'on reste dans les clous.

Il ne reste donc que la "pression des pairs" qui devrait toutefois être d'autant plus forte que l'Allemagne a retrouvé le chemin de la vertu budgétaire après des années de déficits. Il risque toutefois d'y avoir un prix à payer: la revendication française de créer un gouvernement économique de l'euro pour faire contrepoids à la BCE pourrait être affaiblie.

Il restera à la France à convaincre ses partenaires européens de soutenir la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du Fonds monétaire international (FMI).

Juncker a apporté lundi son soutien à la candidature de l'ancien ministre socialiste de l'Economie et des Finances à la succession de l'Espagnol Rodrigo Rato, démissionnaire.

Aucune décision n'est attendue lundi ou mardi, mais Strauss-Kahn a laissé un excellent souvenir à Bruxelles et l'Allemagne le considère comme un "bon candidat européen".

"Dominique Strauss-Kahn a toutes les qualités nécessaires pour devenir directeur général du FMI", a dit Juncker.

Mais les Pays-Bas et l'Italie ont notamment des candidats à présenter et les pays du Tiers Monde veulent en finir avec la division des postes qui voit systématiquement les Etats-Unis obtenir le poste de directeur général de la Banque mondiale, tandis que le FMI est la chasse-gardée des Européens
# Posté le lundi 09 juillet 2007 17:39

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